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L’addiction aux selfies existe bien : elle a même un nom médical

L'addiction aux selfies, décrite par une étude indienne, la classe parmi les troubles comportementaux. Elle porte désormais un nom : selfitis.

On connaissait déjà la cyberchondrie, cette hypochondrie basée sur des recherches en ligne. C’est aujourd’hui au tour d’une habitude liée aux nouvelles technologies de bénéficier d’un nom médical. L’addiction aux selfies, catégorisée parmi les troubles comportementaux par une étude réalisée en Inde, porte désormais celui de selfitis. Un terme qui était apparu dès 2014, mais dans le cadre d’une intox attribuant sa création à l’American Psychiatric Association. Il refait aujourd’hui surface beaucoup plus sérieusement, puisque l’étude qui nous intéresse ici, publiée dans l’International Journal of Mental Health and Addiction, la décrit en détail. Elle s’appuie sur une enquête menée auprès de 225 étudiants issus de deux universités indiennes.

Selfie

Pour leur première phase de recherche visant à expliquer le comportement des accros aux selfies, les chercheurs se sont employés à poser diverses questions à leur groupe d’étude. « Qu’est-ce qui vous pousse à prendre des selfies ? Pensez-vous que l’on puisse devenir accro aux selfies ? », autant d’interrogations qui ont permis d’établir des critères expliquant une addiction aux autoportraits – addiction ne concernant que ceux qui en capturent au moins un par jour. Amélioration de l’environnement, compétition sociale, recherche d’attention, modification de l’humeur, confiance en soi et conformité avec autrui sont autant de facteurs donnant naissance au selfitis et définissant une échelle de comportement du selfitis (SBS, pour Selfitis Behavior Scale).

Plus de 8 selfies par jour chez les plus atteints

S’appuyant sur le cadre défini par le hoax de 2014, les chercheurs ont exploré la validité des trois degrés d’addiction alors évoqués : il était alors question de cas limites (borderline), sévères (acute) et chroniques (chronic), les derniers ressentant un « besoin incontrôlable de prendre des photos de soi toute la journée et de les poster sur les réseaux sociaux plus de six fois par jour ». Dans les faits, sur un échantillon porté à 734 étudiants, 400 ont répondu aux critères préalablement établis (SBS) pour expliquer le selfitis. Et 223 ont indiqué prendre de 1 à 4 selfies par jour, 141, de 5 à 8 par jour, et enfin 36 ont assuré prendre plus de 8 photos d’eux-mêmes chaque jour.

Que retenir de cette étude ? D’abord qu’elle est suffisamment sérieuse pour demander elle-même à être confirmée par d’autres. « Les conclusions montrent que l’échelle de comportements du selfitis apparaît comme un instrument fiable et valide pour diagnostiquer le selfitis, mais que des études de confirmation sont nécessaires pour valider plus rigoureusement le concept ». La recherche apparaît d’autant plus pertinente en Inde, le pays où le nombre d’accidents mortels dus à la capture de selfies dans des situations dangereuses est le plus élevé au monde. Mais pour l’heure, de tels travaux n’ont qu’une visée essentiellement descriptive, n’apportent pas de proposition précise en termes de traitement. Il faudra donc patienter jusqu’à la mise en place d’autres études pour espérer prendre un jour en charge efficacement les cas avérés de selfitis chronique.

Laure Renouard

Laure Renouard

Journaliste - Fonctionne aussi hors connexion


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