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Android : En Europe, Google compte faire payer les fabricants de smartphones

Après l'amende record de l'Union européenne, Google prend une série de mesures concernant l'utilisation d'Android en Europe. Désormais, les fabricants de smartphones devront mettre la main au porte-monnaie s'ils souhaitent proposer des applications de Google sur leurs mobiles.

Trois mois après l’amende record de 4,3 milliards d’euros infligée par Bruxelles, Google dévoile son projet de mise en conformité. Il faut dire que le géant de l’Internet n’a pas le choix, même s’il conteste cette condamnation pour abus de position dominante et a déclaré avoir fait appel. En attendant que celui-ci soit étudié, Google avait 90 jours pour se conformer à la décision de la Commission européenne, sous peine de se voir infliger des astreintes allant jusqu’à 5 % du chiffre d’affaires journalier moyen mondial d’Alphabet (la maison-mère de Google).

Dans un communiqué, Hiroshi Lockheimer, vice-président de Google en charge des plateformes et des écosystèmes, rappelle : « Nous pensons qu’Android a créé plus de choix, pas moins. C’est pourquoi, la semaine dernière, nous avons fait appel de la décision de la Commission devant la Cour de justice de l’Union européenne ». Il ajoute : « Dans le même temps, nous avons travaillé sur la manière de nous conformer à cette décision. Nous avons maintenant informé la Commission européenne des modifications que nous allons apporter en parallèle de la procédure d’appel ».

Android Bugdroid

© Google

Google contre-attaque et prend trois décisions fortes

Les changements apportés par Google sont importants puisqu’ils modifient les conditions d’utilisation de son OS en Europe. Premièrement, le groupe californien met à jour les accords de compatibilité avec les fabricants d’appareils mobiles qui définissent la manière dont Android est utilisé pour développer des smartphones et des tablettes. À l’avenir, les partenaires Android souhaitant distribuer des applications Google pourront également proposer des smartphones et des tablettes non compatibles, ou « ou forks », au sein de l’Espace économique européen (EEE).

Deuxièmement, les fabricants d’appareils pourront distribuer la licence de la suite d’applications mobiles Google séparément de Google Search ou du navigateur Chrome. Google ajoute : « Étant donné que la pré-installation de Google Search et Chrome, ainsi que nos autres applications nous ont aidés à financer le développement et la distribution gratuite d’Android, nous allons introduire un nouvel accord de licence payante pour les smartphones et tablettes livrées dans l’EEE. Ainsi, Android restera libre et open source ». Troisièmement, Google proposera des licences distinctes pour les applications Google Search et Chrome.

Quels changements pour les utilisateurs Android ?

Concrètement, la firme de Mountain View assure qu’Android va rester open source et gratuit, mais proposera une licence payante pour les fabricants de smartphones et tablettes en Europe. Plusieurs scénarios pourront alors s’appliquer en fonction de l’accord :

  • Les fabricants pourront désormais vendre des terminaux sans aucune application Google (Play Store compris). Jusqu’à présent, ces derniers ne pouvaient pas commercialiser des appareils avec le bundle complet de Google (ensembles d’applications) et en même temps proposer des appareils basés sur Android, mais sans l’expérience Google. Dans ce cas, il n’y aura logiquement aucun frais de licence.
  • Les fabricants pourront vendre des appareils embarquant le Play Store et les applications Google à l’exception de Search et Chrome. Ces deux services ne sont pas choisis aux hasards, ce sont eux qui sont dans le viseur dans l’UE. Dans ce cas, les fabricants se verront facturer des frais.
  • Les fabricants pourront proposer des terminaux avec toutes les applications, dont Chrome et Search (en bundle). Dans ce dernier cas, aucun frais de licence ne seront appliqués.

Vers une hausse des prix ? Pas tout de suite

La firme américaine n’a pas précisé le montant de cette licence et la crainte principale pour les utilisateurs est désormais de voir augmenter le prix des smartphones. Certains fabricants pourraient prendre la décision de reporter le coût de cette licence sur le prix final du terminal Android, mais cette option reste à confirmer. Pour l’heure, rien n’indique que le prix des smartphones va enfler en Europe. Il faudra également suivre la décision de la Commission européenne suite à l’appel de Google. En effet, les changements apportés pourraient être un moyen de pression de la part d’un Google en colère.

Le pari est néanmoins risqué. La possibilité pour les fabricants de proposer des appareils Android sans aucune application Google peut être une aubaine pour la concurrence et réduire l’emprise du géant sur son système. De plus, ces appareils sans Google pourraient être vendus moins cher, même s’il faudra se passer du Play Store. On en a d’ailleurs vu récemment apparaître /e/, une version modifiée d’Android qui cherche à se passer des services de Google. Les nouvelles options de licence entreront en vigueur le 29 octobre 2018 pour tous les nouveaux smartphones et tablettes lancés dans l’Espace économique européen.

Prise en main Huawei Mate 20 et Mate 20 Pro

Le Huawei Mate 20, l’un des plus récents smartphones sous Android / © LaboFnac

Pour rappel, la Commission européenne reproche au géant américain d’avoir exigé des fabricants qu’ils préinstallent l’application Google Search et son navigateur (Chrome) comme condition à l’octroi de la licence pour sa boutique d’applications en ligne (Play Store). Elle l’accuse également d’avoir payé certains grands fabricants et certains grands opérateurs de réseaux mobiles pour qu’ils préinstallent en exclusivité l’application Google Search sur leurs appareils. Enfin, elle accuse Google d’avoir empêché les fabricants souhaitant préinstaller les applications Google de vendre ne serait-ce qu’un seul smartphone fonctionnant sur d’autres versions d’Android non approuvées par Google (les «forks Android»). Sundar Pichai, PDG de Google, avait de se côté affirmé qu’« Android a créé plus de choix pour tout le monde, pas moins » et brandit la menace de rendre son système d’exploitation payant. On s’en rapproche.


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