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Exposition précoce des enfants aux écrans : le Sénat adopte la proposition de loi

Le Sénat a adopté en première lecture la proposition de loi visant à lutter contre l'exposition précoce des enfants aux écrans. Elle prévoit notamment la diffusion d'un message avertissant des dangers des écrans pour le développement des enfants de moins de trois ans. Mais le gouvernement se montre réticent.

Le Sénat a adopté mardi en première lecture la proposition de loi visant à lutter contre l’exposition précoce des enfants aux écrans. Présentée par la sénatrice centriste Catherine Morin-Desailly et plusieurs de ses collègues, cette proposition de loi prévoit de faire apparaître un message avertissant des dangers des écrans pour le développement des enfants de moins de trois ans sur les emballages « de tous les outils et jeux numériques » ainsi que dans les messages publicitaires en faveur de ces équipements. De plus, des actions d’information et d’éducation institutionnelles sur l’utilisation des écrans devront être assurées régulièrement en liaison avec le Conseil supérieur de l’audiovisuel. Le texte a reçu le soutien de l’ensemble des groupes du Sénat et a été voté par 333 voix contre 2, note l’AFP.

Télévision écrans enfants

© Creative Commons

Dans son rapport (PDF), Catherine Morin-Desailly, présidente de la commission de la culture, de l’éducation et de la communication au Sénat explique que « l’exposition des enfants aux écrans n’est pas un phénomène nouveau ». Il est même plutôt ancien, mais s’est « longtemps limité à un seul – la télévision – tout en prenant de l’ampleur au fur et à mesure de l’augmentation du nombre de foyers équipés en téléviseurs (94 % des foyers possèdent une télévision) et de la multiplication des chaînes et programmes télévisés ». Depuis dix ans et en dépit du premier avertissement du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) avec la campagne « Pas d’écran avant trois ans », le « phénomène tend à s’aggraver » en raison « de l’explosion du nombre des écrans et du développement d’Internet fixe et mobile », explique la sénatrice. Partant de ce constat et en s’appuyant sur les études « Junior Connect (2017) » et « Le temps d’écran et les jeunes enfants : promouvoir la santé et le développement dans un monde numérique » (2017) » ainsi que des témoignages d’acteurs du terrain, Catherine Morin-Desailly et plusieurs de ses collègues ont donc décidé de déposer au Sénat une proposition de loi pour lutter contre l’exposition précoce.

Les auteurs du texte s’inquiètent en effet que « les enfants soient exposés de plus en plus tôt et de plus en plus longtemps aux écrans en raison du cumul télévision et outils numériques mobiles ». Ils estiment que cette surexposition est « particulièrement néfaste pour les enfants de moins de trois ans car elle peut nuire gravement à leur développement ». Catherine Morin-Desailly ajoute que ce texte « traduit les alertes lancées par de nombreux pédiatres, psychiatres, professionnels de santé et de la petite enfance, ainsi que l’Académie des sciences sur les conséquences de l’exposition des jeunes enfants aux écrans pour leur développement ».

Le Sénat dit oui, le gouvernement temporise

Malgré le soutien de l’ensemble des groupes du Sénat, la proposition de loi et de faire l’unanimité et le gouvernement se montre réticent. Pour Christelle Dubos, secrétaire d’État auprès de la ministre des Solidarités et de la Santé : « Les potentiels effets d’une surexposition aux écrans de très jeunes enfants sont légitimement une source de questionnement et le Gouvernement partage l’objectif de mieux communiquer sur des repères dans l’usage des outils numériques ». Elle rappelle que « le Conseil supérieur de l’audiovisuel s’est saisi de cette question il y a près de dix ans et nous mesurons aujourd’hui combien cette alerte était nécessaire ; cet enjeu demeure plus que jamais d’actualité ». Toutefois, Christelle Dubos assure que « les données manquent quant à l’ampleur de l’exposition des enfants de moins de trois ans aux écrans et surtout quant aux effets d’une surexposition des très jeunes enfants aux écrans. Les prises de position publiques de certains acteurs établissant un lien entre surexposition aux écrans et autisme virtuel ont récemment fait l’objet de vives contestations, et nous ne pouvons pas nous permettre d’éluder les faits scientifiques lorsque l’on impose à des acteurs extérieurs un message de santé publique ».

Elle rappelle également que le gouvernement avait saisi le Haut conseil de la santé publique, afin qu’il « fasse la synthèse des connaissances disponibles et propose des recommandations ». « Nous attendons la synthèse de ses travaux et ses recommandations pour élaborer une nouvelle campagne nationale de prévention sur le sujet et diffuser de l’information basée sur des preuves. Cette étude concerne les 0-18 ans, mais nous avons insisté sur la nécessité de porter une attention particulière aux 0-6 ans », précise la secrétaire d’État auprès de la ministre des Solidarités et de la Santé. La proposition de loi va désormais être débattue à l’Assemblée nationale.


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