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Face au Xbox Game Pass, les vendeurs de jeux s’inquiètent

Nous évoquions la semaine dernière de la nouvelle politique de Microsoft pour son Xbox Game Pass, mais il se trouve que l'initiative ne fait pas que des heureux, car les boutiques de vente de jeux indépendantes expriment d'ores et déjà leur mécontentement.

Comme nous l’évoquions il y a une semaine, Microsoft compte étendre sa formule Xbox Game Pass à tous les nouveaux jeux à paraître, dès le jour de leur sortie. Tous les jeux à venir arriveront en même temps sur le service par abonnement de la marque et dans les rayonnages, du moins officiellement. Un changement de politique qui ne s’accompagnera d’aucune modification d’ordre tarifaire. Cela devrait satisfaire bon nombre d’utilisateurs, clients de ce type de services. Les revendeurs de jeux, eux, ont un peu plus de mal à avaler la pilule : certains, mécontents, annoncent qu’ils arrêteront purement et simplement de distribuer des jeux et autres produits estampillés Microsoft.

Xbox Game Pass

Ce qui est par exemple le cas de Gameware, un détaillant autrichien qui a été le premier à tirer à boulets rouges en direction de la firme de Redmond. Un long article de gamesindustry.biz rapporte un son de cloche similaire du côté des enseignes du Royaume-Uni, notamment les indépendants, forcément plus exposés.

Des vendeurs désabusés

« Dans l’absolu, cela a rendu [notre business Xbox] sans valeur du jour au lendemain« , a ainsi commencé Stuart Benson du magasin Extreme Gamez de Leicestershire. « Pourquoi les joueurs achèteraient un jeu de seconde main à 12£ ou 15£, quand ils peuvent s’offrir un catalogue de titres massif pour presque l’équivalent […] ? Pourquoi devrions-nous les soutenir et vendre leurs consoles et accessoires si nous n’en retirons presque rien ? Nous ne gagnons rien avec leur segment dématérialisé. Cela n’a pas de sens. Autant aller là où nous sommes soutenus, chez Sony, donc. »

Pour l’homme, comme pour Stephen « Stan » Stangroon de Stan’s Games, plus question de commander des objets estampillés Xbox : « Je ne vais pas m’embarrasser à mettre en stock des produits Xbox. Vous faites 3 ou 4£ de bénéfice sur des jeux Xbox comme le nouveau Monster Hunter, si vous avez de la chance. Ils vont tuer le marché de l’occasion. J’imagine que le public n’appréciera pas, en fin de compte. » Paul Lemesurier, œuvrant chez Sholing Video, indique qu’il est difficile de ne pas adopter une posture similaire au vendeur autrichien Gameware. « Le Game Pass aura un effet sur tous les jeux exclusifs. Nous avons déjà dit à Exertis [la société qui distribue pour la marque Xbox au Royaume-Uni] que nous ne référencerons pas du tout Sea of Thieves. »

Xbox Game Pass

« Et maintenant Microsoft donne [Sea of Thieves] pour un billet de dix »

« Pourquoi s’embêter quand les supermarchés le vendront moins cher, que les vendeurs en ligne ne respecteront pas les dates de distribution officielles – qui sont une blague – et qu’ils feront les envois jusqu’à cinq jours avant la sortie officielle, à un prix inférieur au nôtre ?  Et maintenant Microsoft donne [Sea of Thieves] pour un billet de dix« , continue-t-il. Chris Bowman de Console Connections, lui, évoque l’incapacité des vendeurs à tirer profiter des cartons cadeaux Microsoft, qui devraient être octroyés à des boutiques partenaires afin de pouvoir vendre en version physique des abonnements Xbox Game Pass.

Ce n’est d’ailleurs pas son seul apport à la polémique qui secoue le milieu : « le gens veulent des produits en boîte, mais avec le prix du Xbox Game Pass, combien de temps en voudront-ils encore ? Si Sony et Nintendo partent dans la même direction, c’est game over. » Politiquement comme mathématiquement, c’est un autre constat qui se pose. Celui du conseil. Nick Elliott de Barkman Computer met les pieds dans le plat en soulignant que s’il a le choix entre vendre une Xbox One ou une PlayStation 4, il choisirait cette dernière. Non seulement à cause du Xbox Game Pass qui nuit à son activité de base, mais aussi parce que l’écosystème Sony lui assure, d’après lui, un meilleur taux d’attachement de sa clientèle. Ce qui pourrait encourager davantage de ventes de jeux, comme d’accessoires dans le futur, en somme.

Xbox Game Pass 2

La peur d’une généralisation

« Si le catalogue de jeux Microsoft était plus fort, ou si un poids lourd comme Ubisoft commençait à faire la même chose, alors oui, cela nous inquiéterait. Alors je ne m’en fais pas plus que de raison. C’est une tendance, c’est à ce moment-là que les choses évoluent« , reprend Nick Elliott. D’autres de ses confrères évoquent quant à eux la proportion de titres vendus par plates-formes, n’hésitant pas à dire que le ratio est de 5 jeux pour la PlayStation, contre 1 pour la Xbox One.

Conséquence de la grogne des boutiques indépendantes, ce boycott des produits Microsoft ne sera pas non plus un argument qui fera pencher la balancer du côté des cerveaux de la marque. Paul Lesmesurier imagine qui pour que l’action ait un impact plus important, « toute l’industrie devrait arrêter de stocker des produits Xbox« , ce qui a bien peu de chances de se produire. « Nous sommes dans cette industrie depuis 35 ans, avons vu des changements durant toutes les générations – il y a beaucoup plus que cette histoire de Xbox Game Pass. Toutes les sociétés dans le jeu vidéo sont coupables de faire faux bond aux indépendants. Donnez à cette industrie un peu de temps et vous n’aurez plus que des supermarchés proposant Fifa et Call of Duty« . Un portrait un peu dystopique pour les boutiques de jeux indépendantes qui ne sont clairement pas sorties d’affaire avec des initiatives de ce type.


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