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Quantic Dream : la culture d’entreprise de l’éditeur de Heavy Rain fait débat

Ce week-end, Mediapart et Canard PC ont conjointement réalisé une enquête ensemble, afin de dépeindre les conditions de travail dans le secteur du jeu vidéo. Avec à la clé des articles qui dépeignent des conditions professionnelles présentées comme toxiques au sein même de du plus gros studio indépendant en France : Quantic Dream. Deux papiers auxquels se joint également une publication du média généraliste Le Monde, qui va également en ce sens.

Au point de départ de l’enquête réalisée par Canard PC, une session le mois dernier au conseil des prud’hommes, qui se charge de trancher des litiges entre salariés et employeurs. L’affaire a mis en cause l’éditeur de jeux vidéo Quantic Dream face à un de ses anciens employés, chef du pôle informatique du développeur français. L’homme demandait que son départ soit reconnu comme un licenciement illégal, à la suite d’une mauvaise gestion de crise par les dirigeants de la société actuellement en train de plancher sur Detroit: Become Human.

Des photomontages réalisés par un autre employé de l’entreprise, cadre et installé chez Quantic Dream depuis une quinzaine d’années. Et accessoirement délégué du personnel,. Ses montages détournent des photos de ses collègues à des visées comiques, entre sexisme, pornographie, homophobie et on en passe. Ce qui n’est évidemment pas du goût de tout le monde, dont le plaignant, confronté à son ancien employeur. D’autant que les montages – au nombre de 600 – ont été partagés sur le réseau interne du studio. Un premier élément que les conseillers des prud’hommes ont qualifié de « blagues potaches qui se transforment en harcèlement. » L’avocate de Quantic Dream, elle, parle d’une pratique habituelle de l’entreprise. Résultat ? Le dossier est renvoyé en départage, faute d’accord entre les conseillers.

Quantic Dream Detroit Become Human

Le management avait connaissance des montages

« Je prends cela au huitième degré« , tel est le message avancé par la direction de Quantic Dream qui en profite pour déplorer l’absence de remontée du sujet auprès des ressources humaines. Les salariés interrogés conjointement par Mediapart et Canard PC n’ont toutefois pas dépeint une ambiance particulièrement délétère. Les guerres entre les services ne sont pas vraiment d’actualité chez Quantic Dream, et ils rapportent que l’ambiance permet d’améliorer un peu les conditions de travail. Certains parlent de collègues très compétents, de personnes très agréables et sympathiques.

Le crunch, phénomène courant dans le jeu vidéo qui consiste à rentrer dans des phases de travail particulièrement intensives, notamment à l’approche de la fin du développement d’un jeu, est également poussé dans le studio. « J’en ai un souvenir d’épuisement, on a fait des nuits blanches, on bossait tout le temps [durant le fin du développement de Heavy Rain] » a ainsi confié une ancienne employée à Canard PC dans le cadre d’une interview. Ce qui s’accompagnerait parfois de pressions pour travailler plus qu’à la normale, une pression qui prend racine dans l’implication de David Cage, l’emblématique tête de Quantic Dream. Mais aussi dans la culture d’entreprise où il semblerait que « plus soit mieux ». On parlerait ainsi de plus de 70 heures de travail par semaine à l’heure actuelle, pour le développement de Detroit: Become Human« .

Efface et recommence

Des heures supplémentaires qui s’avèrent toutefois très intéressantes pour les employés, constituant un attrait tout particulier pour ceux qui intègrent le studio de développement. Guillaume de Fondaumière indique ainsi que le salaire minimum chez Quantic est 26 % plus élevé que les SMIC. Canard PC, qui a pu mettre la main sur des bulletins de salaire, évoque plus de 5 % au-dessus de ce même SMIC. Si cela pose d’autres questions sur la rémunération (qui sont notamment abordées dans les différents articles), certaines informations ont tout de même filtré sur les montages atypiques qui ont lieu au sein de Quantic Dream, ou encore la gestion de certains contrats. Déchirer un contrat de CDD pour en changer la durée, licenciement brutaux en fin de projets… autant d’éléments évoqués dans Le Monde, Canard PC et Mediapart.

L’un des faits les plus marquants, concerne peut-être Guillaume de Fondaumière, actuel président délégué de Quantic Dream. L’homme aurait monté en 2016 son propre licenciement pour « mésentente avec la direction », « comportement très personnel » et mauvaise exécution des tâches« . Il aurait au passage touché 60 000 euros de dommages et intérêts (après recourt aux prud’hommes, puis accord à l’amiable), ainsi que plus de 100 000 euros d’indemnités de licenciement. Malgré les griefs initialement reprochés, il se trouve de nouveau engagé le jour d’après la fin de son préavis de licenciement avec une augmentation de 2 000 euros bruts, mensuellement. « C’est parfaitement légal et ça ne regarde personne », a-t-il indiqué en réponse à ces allégations.

Quantic Dream Detroit Become Human 1

La réaction de Quantic Dream

C’est un premier communiqué qui est apparu sur les réseaux sociaux qui donne le ton de la réponse du développeur quant aux différents articles. « Nous réfutons catégoriquement l’ensemble de ces accusations. Une plainte a déjà été déposée il y a plusieurs mois, et d’autres plaintes suivront […] Les conduites ou pratiques inappropriées n’ont pas leur place chez Quantic Dream. Nous avons pris et prendrons toujours celles-ci très au sérieux. »

Une première réponse officielle à laquelle s’ajoutent d’autres, plus personnelles de certains employés du studio : « c’est un tissu de mensonges explique un opérateur de motion capture ; alors qu’un autre qui parle de ses onze années d’ancienneté parle de « beaucoup de conneries« . Cette affaire qui a déjà fait un certain vacarme depuis la parution des articles, risque de faire du bruit pendant certains temps. Une chose dont se serait bien passé Quantic Dream alors que Detroit : Become Human est prévu pour une parution sur PlayStation 4 au printemps prochain.


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