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[MàJ] Donald Trump contre la Silicon Valley : entre opposition et diplomatie forcée

Depuis la signature d'un décret anti-immigration, concernant sept pays à majorité musulmane, par l'administration de Donald Trump, les grands acteurs de la Silicon Valley ont exprimé leur incompréhension, leur colère, ou leur inquiétude. Ils comptent convaincre le Président de faire machine arrière.

Mise à jour du lundi 6 février :

Évoquée lors de la rédaction originale de cet article, l’Amicus Brief a bel et bien été la voie exploitée par les géants américains de la high-tech, accompagnés d’autres entreprises intéressées par l’affaire. En effet, 97 entreprises américaines – comprenant Apple, Google, Microsoft, eBay, Twitter, Pinterest, Levi Strauss, Uber…- ont déposé un « Amicus curiæ » devant les tribunaux. Voilà donc la voie la plus diplomatique trouvée par ces entreprises, soucieuses de ne pas s’opposer frontalement à la Présidence.

Il faut savoir que le décret anti-immigration signé par Donald Trump a été bloqué aux Etats-Unis par un juge fédéral, James Robarts. Le département américain de la Justice avait immédiatement fait appel de cette décision. Mais le nouvel état-major américain s’est vu infliger un nouveau camouflet puisque la cour d’appel chargée d’examiner la demande a confirmé le premier jugement, et donc maintenu le blocage du décret. Mais Donald Trump ne devrait pas s’avouer vaincu pour autant et le bras de fer judiciaire ne fait sans doute que commencer.

 

Article original :

Il s’agissait au départ de saillies verbales, que personne ne prenait vraiment au sérieux, comme toutes les campagnes en comportent. Il faut dire que les discours très protectionnistes de Donald Trump étaient abondamment saupoudrés d’orgueil ou de vanité, voire même d’un peu de vérité alternative. Alors candidat, il avait évoqué diverses mesures touchant directement le secteur de l’économie technologique : des taxes accrues sur les produits fabriqués en Chine, le rapatriement de la production d’iPhone au pays de l’Oncle Sam, ou la mise au ban de la neutralité du Net – déjà entamée depuis la nomination d’un nouveau président à la tête de la FCC.

donald trump

#MuslimBan

Et puis Donald Trump a été élu, devenant le 45e Président des États-Unis d’Amérique, au déplaisir de la majorité des grands patrons de la Silicon Valley, qui avaient déjà signé collectivement une lettre pour dénoncer le programme du candidat républicain. Immédiatement, lui et son équipe se sont mis à signer décret sur décret, afin de déconstruire rapidement la politique menée par les démocrates auparavant, et afin de prouver qu’ils ne sont pas là pour chômer. La signature d’un document interdisant le financement public d’ONG soutenant l’IVG avait déjà eu le don d’agacer l’opinion publique, mais ce n’était rien face au décret anti-immigration.

Ce décret, rapidement abrégé en #MuslimBan sur les réseaux sociaux puisque touchant exclusivement des pays à majorité musulmane, concerne ainsi l’Irak, l’Iran, la Libye, la Somalie, le Soudan, la Syrie et le Yémen. Excepté pour les Syriens, dont l’interdiction d’entrer sur le territoire est pour l’instant indéfinie, les ressortissants des pays concernés sont donc refusés pendant 90 jours.

Immédiatement, les aéroports du pays ont été pris d’assaut par les manifestants, à grands coups de slogans comme Let Them In (laissez-les entrer). La foule des opposants au décret a rassemblé des inconnus, des célébrités, et des acteurs du monde technologique, comme Sergey Brin, l’un des pères fondateurs de Google, qui s’est déplacé à l’aéroport de San Francisco pour soutenir le mouvement. Quoi de plus normal quand on sait que Google, comme d’autres entreprises de la Silicon Valley, emploie des milliers d’ingénieurs en provenance de toutes les régions du globe ?

Colère et défiance

Ils sont 76 chez Microsoft par exemple, ou 187 chez Google, ils sont salariés, mais ils ne peuvent plus mettre le pied aux États-Unis s’ils en sortent. Du moins avant que les juges fédéraux, s’ils le souhaitent, ne rendent l’interdiction de séjour caduque. Alors les grands patrons de Californie se sont levés tour à tour pour dénoncer le procédé. Tim Cook, patron d’Apple et “proche” du gouvernement avec un rôle de conseil, a envoyé une lettre à ses employés, y expliquant être en contact avec la Maison Blanche. Cook indique que des employés d’Apple sont directement concernés par le décret anti-immigration et espère voir la situation évoluer.

« Lors de mes discussions avec les autorités à Washington cette semaine, j’ai exprimé clairement le fait qu’Apple croit profondément en l’importance de l’immigration – à la fois pour notre compagnie et pour l’avenir de la nation. Apple n’existerait pas sans cette immigration« , a dit Tim Cook à ses employés.

tim cook

Chez Microsoft, Satya Nadella, le CEO de la marque, a publié sur LinkedIn une lettre envoyée par Brad Smith aux salariés, et dans laquelle il témoigne de son soutien à ceux qui sont affectés par cette décision présidentielle. Même chose chez Google, par la voix de Sundar Pichai, qui trouve “douloureux de voir des employés être touchés par ce décret”. Chez Facebook, LinkedIn, Amazon, Twitter, ou Netflix, les réactions ont été similaires, voire même un peu défiantes à l’égard du pouvoir.

Ces sociétés évoquent d’ailleurs des donations à l’American Civil Liberties Union (ACLU), une association de défense des droits civiques qui a levé une somme record depuis la parution du décret. En date du 29 janvier, l’association estimait avoir récolté près de 24 millions d’euros.

L’option diplomatique

Pour peser de tout leur poids sur l’exécutif, sans pour autant le brusquer, ces entreprises préparent une lettre à l’attention de Donald Trump, dont Recode s’est procuré un brouillon. Soucieux ne pas heurter la fierté du Président, les auteurs de la lettre y écrivent “comprendre l’objectif visant à ce que le système d’immigration réponde aux besoins de sécurité d’aujourd’hui et maintienne le pays dans la sécurité” tout en expliquant que “l’Amérique a toujours été une terre d’accueil, offrant aux personnes une chance de se bâtir une famille, une carrière, de créer un business”.

Les entreprises proposent même directement leur aide à l’administration Trump : “La compassion de notre pays est une partie de ce qui le rend exceptionnel, et nous sommes déterminés à aider votre administration à identifier des approches sans une suspension générale des admissions dans le cadre du programme des États-Unis pour les réfugiés”.

silicon valley

Autre solution évoquée par les médias américains : le recours à l’Amicus Brief. Les entreprises de la tech, qui se sont réunies mardi, pourraient opter pour cette solution qui permet de fournir des arguments ou des informations (documents) à un juge dans une affaire, sans déposer une plainte en son nom. Encore une méthode très diplomatique donc, pour pousser le gouvernement à la réflexion, ou à fléchir.

Si Trump invective régulièrement les stars d’Hollywood qui lui sont opposées, peut-être se préoccupera-t-il plus de leurs voisins, de Palo Alto à San Diego, dont l’influence économique et le pouvoir sont bien plus importants. Malheureusement pour eux, Donald Trump ne semble pas vouloir montrer des signes de faiblesse en ce début de mandat, et on l’imagine mal céder aux revendications de ces entreprises si facilement. Le bras de fer est engagé, et les négociations s’annoncent donc longues et musclées.

Romain Challand

Romain Challand

Journaliste


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