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Test de Hellblade Senua’s Sacrifice : Aimer à en perdre la raison

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Audacieux et atypique, Hellblade est un titre qui a beaucoup de choses à dire et qui les dit généralement assez bien. Sa capacité à dépeindre et mettre en scène la psychose qui touche son héroïne force le respect, d’autant qu’il parvient habilement à mêler les différents troubles liés à cette maladie à la narration et au gameplay. Malheureusement, malgré ses nombreux atouts, le dernier-né de Ninja Theory ne parvient pas à convaincre totalement, la faute à des séquences de jeu redondantes qui finissent par lasser. Un titre qui mérite le coup d’œil mais qu’il est difficile de conseiller les yeux fermés.

Note de la rédaction

  • - Des graphismes dignes des plus grosses productions
  • - La psychose, qui trouve un écho dans la narration et le gameplay
  • - L’utilisation de la mythologie nordique au cours de la progression
  • - Des combats agréables et accessibles
  • - Une formule solide…
  • - … mais qui peine à se renouveler
  • - Des contrôles rigides
  • - Certains combats tirent en longueur
  • - Port du casque fortement recommandé
  • - Sous-titres mal intégrés

Longtemps adossé à des partenaires prestigieux – Sony pour Heavenly Sword, Bandai Namco pour Enslaved : Odyssey to the West ou encore Capcom pour DmC : Devil May Cry –, le studio britannique Ninja Theory a fini par tenter l’aventure en solitaire, donc en indépendant, au cours de l’été passé. C’était avec Hellblade : Senua's Sacrifice sur PS4 et PC. Grâce à la sortie récente d’un portage, les possesseurs de Xbox One peuvent désormais découvrir un jeu d’action-aventure pas tout à fait comme les autres.
(Ce test a été réalisé sur PlayStation 4.)

Malgré la passion qui nous a à peu près tous animés à un moment de notre parcours sentimental, il est difficile de mesurer la portée que peuvent avoir ces quelques mots que sont « aimer à la folie ». Certains objecteront en parlant de ce périple qui les a menés à l’autre bout du monde pour retrouver leur moitié ; d’autres en exhibant un tatouage illustrant l’attachement éternel qui les lie à l’élu de leur cœur. Mais toutes ces preuves d’amour ne sont rien en comparaison de ce qu’est capable d’accomplir Senua. Profondément bouleversée par la mort de son amant, Dillion, cette jeune guerrière celte se lance dans un voyage vers l’enfer tel que la mythologie nordique le conçoit. Un acte totalement suicidaire qui a pour unique but de sauver l’âme de son bien-aimé. D’autant qu’à ces croyances mystiques se superpose la « folie » évoquée plus tôt, et ce, dans son sens le plus littéral.

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L’amour qu’éprouve Senua pour Dillion est à ce point intense que la disparition brutale de ce dernier va la rendre psychotique. Assaillie de voix et sujette aux hallucinations, l’héroïne perd progressivement le sens de la réalité, ce qui va rendre sa quête plus difficile qu’elle ne l’était déjà sur le papier. En effet, la grande force de la dernière production de Ninja Theory, c’est d’être parvenu à emboîter propos, narration et mécaniques de jeu.

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Aux frontières du réel

Hellblade : Senua’s Sacrifice n’est pas qu’un jeu d’action-aventure comme on pouvait encore en croiser par dizaines il y a quelques années. Il est certes question d’exécuter des actions assez banales pour progresser au sein des niveaux, comme abaisser un pont ou déverrouiller une porte. Il y a aussi, de temps à autre, quelques ennemis et boss à abattre pour rester en vie. Mais le jeu se démarque en vérité nettement de ce qui se fait ailleurs par sa capacité à jouer avec les frontières du réel.

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Les développeurs sont parfaitement parvenus à jouer sur le mal qui ronge l’héroïne. La manifestation de ses troubles mentaux donne lieu en effet à quelques bonnes idées de gameplay, liées pour la plupart aux environnements traversés. Au cours de son voyage, Senua devra ainsi traverser toutes sortes de portails menant dans des mondes alternatifs dans lesquels il faudra naviguer pour se frayer un chemin. Tandis que de nombreuses routes fermées se libéreront après avoir résolu des puzzles à base de runes à retrouver dans le décor.

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Un enrobage digne d’un AAA

La formule proposée par Hellblade fonctionne vraiment bien. Les différents épisodes de la mythologie nordique qui nous sont contés tout le long de l’aventure font très justement écho aux épreuves que Senua traverse. Et sa réalisation brillante contribue à le rendre particulièrement fascinant. Il suffit de voir son rendu photoréaliste, la richesse de ses décors, la qualité de ses expressions faciales, la gestion de ses lumières ou les chorégraphies de ses combats pour comprendre qu’il n’a rien à envier à certaines des plus grosses productions actuelles.

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Pas tous à la fois

Cette incontestable réussite est toutefois ternie par quelques défauts de finition, à commencer par un mixage sonore qui impose presque de jouer au casque. Les nombreuses voix (en anglais uniquement) qui se bousculent dans la tête de Senua ne sont en effet pas toujours bien audibles, car souvent chuchotées. Et la présence de sous-titres français ne permet pas de contourner entièrement le problème, ces derniers étant particulièrement mal intégrés, les développeurs ont effectivement fait le choix de balancer de longues phrases plutôt que de se caler sur le débit de paroles des différents intervenants.

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Aux confins de la folie

Hellblade a beau disposer de nombreuses qualités, il n’est pas le grand jeu qu’il aurait pu être. On pourrait vous parler de sa rigidité qui en fait un titre pas forcément agréable à prendre en main, ou de ses murs invisibles qui rendent l’exploration parfois frustrante. Mais à dire vrai, c’est surtout son incapacité à se renouveler qui pourra lasser. Malgré des efforts évidents pour rythmer l’aventure et proposer des niveaux à la construction tortueuse, il ne parvient ni à nous faire oublier sa condition de jeu linéaire, ni à masquer sa redondance.

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Le côté éreintant des combats n’arrange pas ses affaires. Les affrontements à l’arme blanche ont beau être à la fois convaincants et simples à aborder, leur difficulté étrangement équilibrée et la longueur de certaines batailles finissent par s’avérer pesantes. Comme si cela ne suffisait pas, le jeu nous met constamment sous pression. Senua est en effet atteinte d’une sorte de gangrène qui progresse sur son corps à chaque Game Over. Lorsque celle-ci atteint son cerveau, la sauvegarde est alors effacée, ce qui contraint à reprendre l’aventure depuis le départ. Si nous n’avons pas eu à subir une telle sanction malgré une dizaine de morts environ, il est important de souligner l’existence de ce système potentiellement frustrant.

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    © Ninja Theory

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Conclusion

Audacieux et atypique, Hellblade est un titre qui a beaucoup de choses à dire et qui les dit généralement assez bien. Sa capacité à dépeindre et mettre en scène la psychose qui touche son héroïne force le respect, d’autant qu’il parvient habilement à mêler les différents troubles liés à cette maladie à la narration et au gameplay. Malheureusement, malgré ses nombreux atouts, le dernier-né de Ninja Theory ne parvient pas à convaincre totalement, la faute à des séquences de jeu redondantes qui finissent par lasser. Un titre qui mérite le coup d’œil mais qu’il est difficile de conseiller les yeux fermés.

Note de la rédaction

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