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La 8K, c’est quoi ? Le point sur les TV et contenus disponibles

L’IFA de Berlin 2018, c’est fini. Le salon allemand, dédié à l’électronique grand public au sens large, est devenu le terrain de jeu privilégié des constructeurs de téléviseurs, qui y annoncent généralement leur feuille de route pour les mois suivants. Cette dernière édition a été marquée par un fait notable : la résolution 8K n’a plus rien de futuriste sur les téléviseurs. Mais de quoi s’agit-il exactement ? Le quotidien des téléspectateurs s’apprête-t-il à changer ? Le point dans les lignes qui suivent.

8K

© Sharp

Il y a cinq ans naissaient les premiers modèles commerciaux de téléviseurs 4K-UHD, d’une définition de 3840 x 2160 pixels. À la même époque, les premières caméras capables de filmer en 8K voyaient le jour, laissant loin derrière elles les définitions d’images connues jusqu’alors. Il faut dire que l’on a longuement connu la SD (720 x 576 pixels, pour les DVD), puis la HD (1280 x 720 pixels) avant que la Full HD (1920 x 1080 pixels) ne commence à émerger. Aujourd’hui, les temps ont changé. L’UHD 4K est partout – elle représentait déjà un tiers de ventes au premier semestre 2017 d’après GFK – malgré des contenus encore limités à l’époque. Avec leur définition de 7680 x 4320 pixels, les téléviseurs 8K vont plus loin encore. Eux qui semblaient être une chimère il y a un an encore ont bénéficié d’un net coup d’accélérateur de la part des plus grands acteurs du marché, à savoir Samsung et LG. Nous reviendrons plus bas sur la bataille qui fait rage entre les constructeurs. Mais avant, penchons-nous sur les usages.

De la 8K, mais pour regarder quoi ?

À ce jour, les contenus 4K commencent tout juste à vraiment se démocratiser auprès du grand public. Les séries Netflix, Blu-ray pris en charge par des platines compatibles, jeux vidéo et grands événements sportifs, telle la récente Coupe du Monde de football, sont autant de moyens de découvrir la 4K. Certains, à l’instar de Molotov avec une version UHD d’Arte, se lancent dans des expérimentations temporaires. Mais force est de constater que les contenus ont beau être de plus en plus nombreux, ils sont encore loin d’être généralisés.

France TV 8K

© France Télévision

Pour le cas de la 8K, il existe bel et bien des caméras compatibles, certes extrêmement onéreuses et réservées au marché professionnel, mais qui autorisent la capture de contenus. À quand leur diffusion ? Pour l’heure, rares sont les annonces, si ce n’est celle du groupe audiovisuel nippon NHK. Celui-ci a affirmé dès le printemps 2017 son intention de diffuser les Jeux olympiques de Tokyo (2020) en 8K sur une chaîne accessible par satellite dédiée. Il faut dire que le groupe a commencé à mener les premiers essais de diffusion en direct par satellite dès août 2016. Des tests visant un public restreint, mais qui témoignent de l’engagement du groupe japonais. Un peu plus près de nous, France Télévision a mené elle aussi des essais de captation en 8K lors du tournoi de Roland-Garros : vous l’aurez compris, les compétitions sportives sont bien souvent les moteurs d’innovations techniques. Dans l’Hexagone comme au Japon, la 8K est aussi intrinsèquement liée au déploiement du réseau mobile 5G, dont les débuts commerciaux sont prévus l’année prochaine et dont les acteurs de la diffusion pensent qu’il sera capable de délivrer des flux 8K. Mais cela, les Français ne devraient pas le voir arriver à l’échelle commerciale avant plusieurs années…

Samsung upscaling 8K

© Samsung

Dans ces conditions, pour quels usages acheter un téléviseur 8K dès lors que la fibre optique est peu déployée, que la 5G ne l’est pas encore, et que les contenus commencent tout juste à être tournés ? Samsung et certains de ses concurrents ont la réponse : parce que l’intelligence artificielle peut compenser l’absence de contenus. Le Coréen assure que son IA, biberonnée aux image de toutes définitions, a été entraînée à upscaler (mettre à l’échelle) des contenus en 8K, que la source soit diffusée en 4K, Full HD, HD… ou SD. Du machine learning qui, assure la marque, a permis de déterminer environ 200 filtres différents permettant d’upscaler des contenus en définition standard en temps réel : le traitement des images, assure-t-il, passe par ses serveurs coréens. Les démonstrations mises en place lors du dernier IFA convainquent sans peine, et pourront être éprouvées dans des conditions réelles d’ici le mois prochain, à la sortie des TV de la marque. Les concurrents de Samsung, tel TCL, vont un peu moins loin et évoquent de leur côté de l’upscaling de contenus Full HD et 4K.

Le futur s’affichera en 8K

Pourquoi une telle précipitation ? Les planètes sont alignées pour justifier que les acteurs du monde de la TV adoptent dès à présent la 8K. Comme le relevait IHS Markit le mois dernier, les très grands écrans ont la cote. “La demande pour de très grands écrans de TV de 60 pouces et plus n’en est qu’à ses débuts et leurs livraisons annuelles seront pratiquement multipliées par quatre en dix ans, après avoir atteint leur premier palier de 10 millions de ventes en 2016”, assure le cabinet. Des grandes dalles qui, de plus en plus vendues, voient leur prix baisser en raison des économies d’échelle réalisées par les constructeurs. La 8K, sur des écrans géants, permet de conserver une qualité d’affichage aussi élevée que sur des dalles 4K. Il est en effet communément admis qu’au-delà de 65 pouces, le manque de finesse du rendu 4K devient perceptible. Le passage à la 8K justifie aussi une augmentation des tarifs de vente qui bénéficie aux constructeurs.

LG TV OLED 8K

© LG

LG compte bien sûr toujours sur les écrans OLED 4K à court et moyen terme, avec “plus de 9 millions d’unités d’ici 2022”. Dans le même temps, le fabricant prédit aussi que les livraisons d’écrans 8K dépasseront les 5 millions de produits la même année. “LG consacre ses efforts à se placer en tête du marché ultra-premium avec sa technologie OLED 8K”, assure la marque. Il ne sera pas sans concurrents, son éternel rival Samsung prévoyant d’étoffer l’an prochain sa gamme. 2019 verra d’ailleurs certainement réapparaître la série Q9S évoquée au CES de janvier 2018, et disparue des écrans radars depuis lors.

samsung Q9S

© Samsung

Rester dans la course

Afin de maintenir leur domination, les  frères ennemis coréens se sont lancés dans une course contre la montre, en misant sur la technologie QLED pour le premier et sur l’OLED pour le second. Après une phase de démonstration basée sur des prototypes montrés au public à l’occasion de plusieurs salons, la commercialisation est devenue effective. Samsung a pris de court son concurrent lors de l’IFA 2018, dévoilant trois téléviseurs 8K pour l’occasion, tous assortis de prix et d’une date de sortie, à savoir le 9 octobre 2018. Les Q900R QLED 8K se déclinent en trois formats (65, 75 et 85 pouces) évidemment onéreux, mais beaucoup moins que les modèles 4K à leurs débuts. Il faut ainsi compter, dans les semaines à venir, sur un tarif de lancement de 5000 euros pour le premier, 7000 pour le second et de 15 000 euros pour le modèle le plus imposant. Tous ces modèles, détaillés à cette adresse, sont compatibles avec la norme HDR 10+ et bien sûr avec l’écosystème Smart TV (Tizen) du Coréen.

Samsung Q900R QLED 8K

Le modèle Samsung Q900R. © Samsung

Premier – sauf improbable surprise – sur le plan commercial à se lancer dans la 8K, Samsung n’en est pas moins talonné par LG. Ce dernier, qui avait déjà évoqué son téléviseur au CES de janvier 2018, a présenté à l’occasion du salon berlinois son propre modèle 8K. On en sait un peu moins sur les détails techniques de l’appareil, dont le nom n’est pas encore déterminé. Toutefois, LG va plus loin encore que son compétiteur en termes de diagonale d’écran puisque son téléviseur embarquera une dalle OLED de 88 pouces. Cette donnée n’a rien d’un hasard : ces 88 pouces représentent la diagonale au-delà de laquelle la production d’écran OLED est à ce jour impossible. Une limitation que les écrans micro-LED, sur lesquels nous reviendrons dans un autre dossier, devraient pallier à terme.

Sharp LV70X500E

Le Sharp LV-70X500E. © Sharp

Les deux géants coréens sont loin d’être les seuls à se lancer. Sharp, de manière un peu moins spectaculaire, a de son côté mis en vente son premier téléviseur 8K dès le printemps 2018. Le LV-70X500E, à la “commercialisation réussie” (à 11 999 euros), sera complété d’une série de trois téléviseurs de 60, 70 et 80 pouces. Le plus grand du trio, plus exactement baptisé 8T-C80AX1, sera d’ailleurs disponible en Europe d’ici le début de l’année 2019. Son prix et ses caractéristiques complètes restent à préciser, Sharp n’indiquant pour l’heure que le type de dalle employé (un LCD UV2A, dérivé du VA). Il est en outre à noter que les trois téléviseurs seront commercialisés en Asie avant la fin de l’année.

TCL FIBA 8K

© TCL

En marge de ces trois fabricants, qui s’engagent sur une commercialisation européenne à date plus ou moins ferme, bon nombre d’autres marques ont elles aussi profité du dernier IFA pour afficher leurs ambitions. TCL a ainsi dévoilé un modèle TCL 8K QLED FIBA Basketball World Cup 2019 Edition de 75 pouces, mais réservé pour l’heure au seul marché chinois. Enfin, Toshiba y est également allé de son annonce, évoquant la sortie prochaine (sans date ni prix) d’un modèle LED, 8K, et à la diagonale de 65 pouces.

Peut-on aujourd’hui conseiller raisonnablement l’acquisition d’un téléviseur 8K ? L’absence actuelle de contenus 8K pourrait être partiellement compensée par les intelligences artificielles que développent les fabricants, bien conscients qu’il faut un peu plus que des promesses pour convaincre le grand public. Outre cela, il faut rappeler que les tarifs affichés à ce jour pour des TV 8K sont loin d’être aussi prohibitifs que ne l’étaient ceux des modèles 4K à leurs débuts. Le surcoût garantit donc à la fois de bénéficier des contenus 8K dès leur disponibilité, mais aussi d’accéder aux dalles les plus perfectionnées du moment. Ces modèles haut de gamme sont en effet un concentré des dernières technologies développées par leurs fabricants… et promettent de rester à la pointe pour quelques années encore.

Laure Renouard

Laure Renouard

Journaliste - Fonctionne aussi hors connexion

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  • Ivanohé JOSSERAND

    L’article est très complet et intéressant. Cependant, comme souligné le contenu 4K commence seulement à arriver de façon disons… aléatoire sur nos écrans, et encore à condition dans certains cas d’avoir une connexion satellite ou Internet béton.
    Donc, depuis leur sortie initiale 5 ans se sont écoulés et le contenu sera vraiment disponible dans 2 ou 3 ans supplémentaires. Soit 7 – 8 ans entre l’achat initial et une bonne dose de contenu disponible..
    Or, le bleu de l’OLED étant le plus sensible dans le temps, la TV perd un partie non négligeable de son efficacité (luminosité, qualité pixel) après environ 4 ans et demi à raison d’un usage moyen de 4h / jour ! (un français moyen regarde la TV 3,75h/jour).
    Sans parler des risques inhérents à toute nouvelle technologie qui fait qu’automatiquement les premiers essuient les erreurs de conceptions, les errements des ingénieurs, les défauts technologiques (on parle de mettre de véritables ordinateurs dans la TV pour upscaler les contenus)…
    Et sans tenir compte de la surconsommation électrique qu’engendre automatiquement une plus grande définition et des composants plus puissants, un impact écologique plus important…

    Bref, pour une TV à 10.000 € ça fait un peu mal non ? Et quid du risque commercial qu’a vécu la 3D ? Combien ont investi des sommes foiles dans des écrans et platines 3D avec un contenu devenu quasi-inexistant aujourd’hui ?

    La 4K a encore un bel avenir.

  • Bonjour,
    D’abord merci pour votre retour ! Effectivement, l’investissement semble risqué dans la mesure où l’on ne peut pas encore dater la sortie généralisée de contenus 8K dans le commerce… En revanche, au contraire de la 3D, dont la production de contenus était essentiellement cantonnée au cinéma et donc aux Blu-ray, la 8K bénéficie du soutien des chaînes de TV et producteurs de contenus, ce qui devrait accélérer son déploiement. En attendant, il faut compter sur l’efficacité des systèmes d’upscaling (ce que nous ne manquerons pas de tester de notre côté dès que possible)… Il faut aussi noter que le surcoût est relativement mesuré (un TV de 85″ 4K coûte entre 5000 et 10000 euros selon les modèles), et un 85″ QLED 8K coûte 15000 euros : pour qui peut se le permettre, c’est aussi la garantie de pouvoir profiter des nouveautés attendues pour le début des années 2020 ! D’ici là, d’autant que d’excellents modèles sont disponibles à des prix accessibles, la 4K reste un investissement sûr à ce jour 🙂

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