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Smartphones gaming : un vrai tournant pour le jeu mobile ?

C’est l’une des tendances de l’année 2018. Les smartphones ne sont plus seulement capables de lancer des jeux, mais se prennent littéralement pour des consoles portables. Pourquoi cet intérêt grandissant des fabricants de smartphones pour le jeu mobile et tiennent-ils réellement leurs promesses ? Décryptage.

Par définition, un smartphone est un téléphone sur lequel peuvent être installées des applications, dont des jeux. Il n’y a donc rien de nouveau dans le fait de pouvoir jouer dessus. C’était d’ailleurs déjà possible sur de simples téléphones portables, la différence tenant dans l’offre, dans leur cas souvent limitée aux jeux préinstallés… même s’il faut tout de même rappeler la tentative de Nokia avec la N’Gage en 2003. Pour la première fois, un téléphone portable était aussi vendu comme une console, puisqu’il était possible d’acheter des jeux sur cartouche et de les y insérer.

Nokia N'Gage

© Nokia

La pratique n’est donc pas nouvelle non plus, et l’on peut d’ailleurs citer d’autres exemples : Sony avec le Xperia Play en 2011, ou encore Acer avec le Predator 6 en 2015 (finalement jamais sorti). On pourrait également évoquer les efforts déployés par Nvidia, avec ses Tegra et une boutique dédiée au jeux qui permettait même d’accéder à quelques exclusivités intéressantes sur les smartphones équipés. Mais jamais la sauce n’a vraiment pris. Le peut-elle aujourd’hui ? De nombreux fabricants semblent en tout cas y croire : Razer, ROG (Asus), Honor ou encore Xiaomi. Et d’autres pourraient encore les suivre sur ce segment, dont Nokia, selon un récent teasing de la marque.

La demande est enfin là

La raison de cet engouement est en réalité assez facile à comprendre, et liée à deux facteurs qui ne sont probablement pas étrangers l’un de l’autre d’ailleurs. Le premier tient évidemment dans les énormes progrès techniques de ces dernières années. Les smartphones sont de plus en plus performants et profitent même aujourd’hui de portages de jeux initialement sortis sur consoles, comme PUBG, Fortnite, qui connaît d’ailleurs un énorme succès sur mobile, ou encore Civilization VI directement adapté de son format PC. C’est là le second facteur. En donnant accès à des jeux de plus en plus qualitatifs, et pas uniquement en provenance des consoles d’ailleurs, les smartphones ne servent plus uniquement au jeu occasionnel, mais attirent également les vrais joueurs. Il y a donc théoriquement un public pour des smartphones dédiés. Mais que font-ils réellement pour améliorer l’expérience de jeu sur mobile ?

Fortnite Android

© Fortnite

Entre optimisations logicielles et avancées techniques

Malgré leur but commun, tous les smartphones dits “gaming” n’adoptent pas nécessairement la même approche. Honor mise davantage sur des innovations d’ordre logiciel, quand d’autres ajoutent aussi à cela des composants inédits, à l’instar de Razer ou ROG (Asus). Rappelons ainsi que le premier propose un Honor Play doté de sa fameuse technologie GPU Turbo pour l’amélioration du traitement graphique, tandis que le système 4D Smart Shock synchronise le vibreur avec l’action à l’écran. Pour le reste, c’est un smartphone somme toute classique, même s’il a tout de même le mérite de rendre le Kirin 970 très accessibles.

Honor Play

© Honor/Vmall

Du côté de Razer et ROG, qui ne se sont d’ailleurs pas trop foulés non plus pour les noms de leurs smartphones gaming, les dénommés Razer Phone et ROG Phone, l’équipement se veut donc aussi novateur. On y retrouve par exemple leur système d’éclairage d’ambiance respectif (à partir de la seconde génération pour Razer), des haut-parleurs stéréo, des systèmes de refroidissement avancés, mais aussi et surtout des écrans aux taux de rafraîchissement plus élevés que la moyenne : jusqu’à 120 Hz chez Razer, alors que ROG se “contente” de 90 Hz. Il faut en outre ajouter que ce dernier accompagne son smartphone d’accessoires intéressants, mais nous y reviendrons plus tard.

Ce tour d’horizon des smartphones dédiés au jeu vidéo ne serait pas complet sans citer aussi Xiaomi et son Black Shark, un peu moins ambitieux techniquement que les deux derniers smartphones cités, mais tout de même bien équipé. Il est en outre livré avec quelques accessoires et, s’il n’est pas arrivé jusqu’à chez nous, une seconde version serait dans les tuyaux et les rumeurs évoquent bien, cette fois, une sortie internationale.

Xiaomi Black Shark

© Xiaomi

Des innovations encore trop peu exploitées dans les jeux

Mais avant de se réjouir, il faut évidemment se demander si la promesse des smartphones gaming est réellement tenue. Et il est pour l’heure difficile de répondre par un oui franc et massif. Si la plupart des améliorations évoquées ci-dessus sont effectivement intéressantes sur le papier, ce n’est pas toujours la même histoire dans les faits. Sans même remettre en cause leur efficacité, d’ailleurs au rendez-vous si l’on prend le cas du GPU Turbo. Le véritable problème est davantage à chercher du côté des jeux, encore trop peu nombreux à supporter les fonctionnalités qui le demandent. C’est donc le cas de la technologie d’optimisation des ressources pour le traitement graphique de Huawei, et les seuls jeux compatibles à date sont PUBG, Mobile Legends et Asphalt 9. Et c’est encore pire pour son système 4D Smart Shock, uniquement supporté par PUBG. Il faudra donc attendre que les développeurs de jeu s’en emparent pour en faire de réels arguments, en espérant qu’ils suivent.

Un taux de rafraîchissement plus élevé pour l’écran permet en revanche de profiter d’animations plus fluides en jeu, comme en dehors d’ailleurs, mais le gain reste tout de même limité sur une petite taille. De même, l’intégration d’un système de refroidissement avancé est un plus et permettra de maintenir des performances stables plus longtemps, mais ce n’est pas indispensable pour jouer alors que le plus gros défaut des smartphones n’est que rarement adressé de manière directe : l’ergonomie.

Les accessoires toujours obligatoires pour le confort de jeu

C’est évidemment ce qui différencie, et différenciera sans doute toujours, un smartphone d’une console. Impossible d’y intégrer des joysticks et autres boutons physiques qui nuiraient au confort d’utilisation pour toutes les fonctions classiques d’un téléphone, comme passer un appel. Il faut donc se contenter de commandes tactiles souvent difficiles à maîtriser, ou passer par un accessoire. Le Black Shark de Xiaomi a d’ailleurs l’intérêt d’être livré avec une demi-manette comportant un joystick, mais il existe aussi de nombreuses manettes à acheter séparément.

Asus en proposera d’ailleurs plusieurs pour le ROG Phone, qui fait tout de même l’effort d’intégrer des commandes tactiles sur une tranche. Un système qui marche d’ailleurs assez bien, sans toutefois parvenir au niveau des boutons physiques du GameVice. La seconde manette, si l’on peut dire, a été baptisée TwinView Dock et intègre, en plus de gâchettes physiques, un écran additionnel qui devrait permettre de garder un œil sur certaines informations en tout temps. À condition, là aussi, que la fonctionnalité soit supportée par le jeu.

Asus ROG Phone

© Asus

De manière générale d’ailleurs, une manette doit être prise en charge par les jeux pour fonctionner, mais cela pose moins souvent problème que pour les technologies plus récentes, comme le GPU Turbo. En effet, il existe des manettes pour smartphones depuis longtemps et les fabricants ont donc eu le temps de se mettre les développeurs dans la poche pour les plus connus, comme Steelseries. On soulignera au passage que l’ajout d’une manette rend inutile les systèmes de vibrations intégrés aux smartphones gaming, mais que certaines en intègrent un également.

Pour continuer sur les accessoires, soulignons également qu’Asus proposera, pour le ROG Phone toujours, des docks avec ou sans fil pour jouer, avec une manette ou un combo clavier-souris, sur grand écran, ainsi qu’un refroidisseur externe.

Faut-il acheter un smartphone gaming ?

Au final, l’intérêt d’acheter un smartphone gaming plutôt qu’un autre est assez limité, et il ne remplacera pas plus une console. Le catalogue de jeux est le même, à savoir celui d’Android, et s’il s’est largement étoffé au cours des dernières années, beaucoup des améliorations que se vantent d’apporter les fabricants de tels modèles exigent un support trop rarement assuré aujourd’hui. C’est notamment le cas des optimisations de la gestion des ressources et des systèmes de vibrations. Bien sûr, les smartphones taillés pour le jeu peuvent présenter d’autres particularités, mais aucune qui améliore significativement l’expérience de jeu qui pâtira en plus toujours, sur smartphone, de l’absence de commandes physiques. Il faudra donc généralement investir dans une manette complémentaire, comme avec n’importe quel smartphone, même si le ROG Phone s’en sort un peu mieux que ses concurrents sur ce point avec ses AirTriggers.

Rappelons en outre que certains smartphones pourtant “classiques” intègrent aussi des systèmes de refroidissement, comme les derniers Galaxy S et Note. Le GPU Turbo, en plus d’être encore trop peu exploitée, est également loin d’être réservé au Honor Play chez Huawei/Honor, et il y a de fortes chances que la technologie Hyper Boost récemment présentée par Oppo fasse son apparition sur de nombreux smartphones de son catalogue. Il n’y a donc pas, pour l’instant, de raisons justifiant réellement, sur un plan purement technique, de se limiter à l’achat d’un smartphone gaming, mais le design, le prix ou l’offre d’accessoires restent évidemment à prendre en compte.

Mathieu Freitas

Mathieu Freitas

Journaliste

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